Lexique du 'Hassidisme

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
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Introduction

Il est indispensable de bien connaître pour bien aimer.

Il est indispensable d'aimer TOUTES les différentes composantes du peuple juif qui sont les fonctions du même corps.

Le Chla ou le 'Hida allaient de communautés en communautés pour les connaître profondément et apprendre d'elles. Ribbi Yisraël Abou'hatséra également et tous les Sages de tous les courants venaient le visiter.

Dans cette même intention, avant de présenter le 'hassidisme, je place le grand maître de l'époque qui représentait une tendance très différente, le Gaone de Vilna. Justement parce qu'il fut en conflit avec courant 'hassidique. Dans le corps juif.


Gaone
Traduction : éminent. Explication : Gaone, ou écrit aussi Gaon, signifiant "éminent". Pluriel, guéonim. Chef des grandes yéshivotes et communautés de Babylone jusqu'au 10e siècle environ, spécialement à Soura et Poumbédita. Les téchouvote  haguéonim sont les consultations rabbiniques de ces époques et régions.
Par extension, nom donné à quelques rares Sages qui ont brillé par leurs connaissances en tous les domaines du judaïsme et dans la sainteté de leur vie, comme le Gaone de Vilna. Références dans le Tanakh : Psaume 47, 5. 

Gaone de Vilna

            

Le 19 Tichri, hiloula (décès) du Rav Eliahou ben Chlomo Zalmane, dit le Gaone de Vilna en Lithuanie (1720-1797). 

Né à Pessa'h comme le Rambam, il fut dès l'enfance et toute sa vie un génie intellectuel, possédant la Torah à trois ans et demi, capable de soutenir des discussions talmudiques à six ans et demi, et préparé avec soin pour devenir un grand maître en Torah. Il ne dormait que trois périodes d'une demi-heure par nuit consacrant le reste à l'étude de la Torah. Ses écrits couvrent tout le champ des sciences juives et il fut en même temps un mystique et un maître en middotes, dans la science du comportement moral selon la sainteté (qéddoucha) de la Torah. Il fut le maître de Rabbi 'Hayim de Volojine (1749-1821), le pédagogue des yeshivotes actuelles. Photo de cette célèbre yeshiva de Volojine:


Son opposition à la montée du 'hassidisme fut très importante et constante malgré toutes les tentatives des fondateurs du 'hassidisme de recevoir une recommandation. L'auteur du Taniak et fondateur de la dynastie Habad sollicita en 1772 une audience, accompagné du Rav Ména'hem Mendel de Vitebsk, avec toutes les formes d'obédience et de reconnaissance du rôle du Gaon, mais il refusa de les recevoir et resta dans cette position jusqu'au bout, démentant les bruits qu'il était revenu sur cette opposition dans sa vieillesse. Le Tséma'h Tsédéq, 3e Rabbi de la lignée de Loubavitch fut reconnaissant au Gaone de son opposition qui constitua un frein et évita au mouvement 'hassidique de dévier vers les pratiques extatiques puis d'autres déviances. Il l'écrivit précisément.  (lire sa biographie)

Volozhyne. 
Rabbi 'Hayim de Volozhyne (1749-1821) est un éminent disciple du Gaone de Vilna. Il a écrit  (Néféche Ha'hayim. L'âme de la vie), qui procure un sens de l'équilibre des différentes composantes nécessaires dans la vie juive.



Situation historique
Le 'hassidisme est un mouvement qui a pris naissance en Russie blanche et en Pologne après les terribles persécutions quand le peuple était abattu, dans la misère et souvent inculte. Plus de 200.000 juifs avaient péri dans les massacres de Chmielnitzki en 1648-9, par exemple.

Caractéristiques
Des leaders charismatiques se sont levés, ont présenté un enseignement caractérisé par la continué de l'étude traditionnelle et de la pratique des mitsvotes mais avec une insistance primordiale sur le côté chaleureux et affectif ('hassidoute), l'enthousiasme et la ferveur intérieure et extérieure (hitlahavoute), l'amour (ahava) de D.ieu, du prochain, des rites et de la création, un prosélytisme dans la communauté, une vie communautaire avec un style de vie commun, des techniques de chant (niggoune), de méditation et d'orientation des intentions dans la prière (cavanna), etc.
Sur tous ces points il y a des différences entre chaque courant du 'hassidisme.

Le Rebbe
Ces leaders ont organisé des communautés centrées autour de leur charisme, de leur orientation et de leur orientation. Leur rôle va bien au delà du rôle classique du Roch Yeshiva, du talmid 'hakham, du tsaddiq mais le Rebbe est vu comme le modèle, le canal de la bérakha (bénédiction). Les fondateurs sont à l'origine de véritables dynasties de maîtres dont les fonctions se transmettent héréditairement de manière monarchique. 
La théorie de la dynastie  est centrée sur la personnalité du Rabbi comme tsaddiq, leader de la  génération, personnalité messianique, sur l'importance de la littérature propre au  mouvement en particulier le Tanya, la dévéqoute, l'amour de tout le peuple juif, et  l'appel actif à la téchouva. 
Le fondateur est Rabbi Chnéour Zalmane de Lyady, auteur du Taniah (1745-1813); son successeur Dov Baer de Loubavitch (1773-1827). Le Tséma'h Tsaddoq (1789-1866), est le petit-fils du fondateur de la dynastie des Loubavitch ou 'Hassidé 'Habad.
Décimées par la Choa, les différentes communautés ont eu une remarquable renaissance. Les courants contemporains de retour au judaïsme ('hazara bitéchouva) fournissent d'importantes forces à certains courants comme les Loubavitch.

Localisation
Certains courants sont défavorables à la montée actuelle sur la terre d'Israël (Satmar), la majorité sont favorables, plusieurs courants sont très favorables et engagés. Presque tous ont des communautés puissantes en nombre et rayonnement en Israël et dans d'autres pays ; une circulation rapide et continue existe entre ces centres.

Pays
Le 'hassidisme avait donc commencé en Russie blanche avec Rabbi Chnéour Zalmane de Lyadi et Dov Beer. Il se développa en Galicie avec Rabbi Méïr, Rabbi Yisraël de Riskine et Rabbi Elimélékh de Lizensk. 
En Pologne ses promoteurs pricipaux furent le Voyant de Loubline, Rabbi Lévi de Berditchév et le Kotsér Rebbe. En Hongrie, commença le courant de Rabbi Moché Teitelbaum et de Rabbi Tsvi de Dinov.

Nomination
Les communautés sont souvent nommées par le nom de leur ville d'origine qui désignent également la dynastie.

Dynasties
Les plus connues de ces dynasties sont Alexander, Apta-Koupichnitz, Belz, Berditchév, Bobov, Chernobyl-Dkever, Dinov-Bluzhov, Dinov-Mounkatch, Ger ou Gour, Hanipol, 'Houst, Kaliv, Karline-Stoline, Kossov-Viznitz, Liadi, Loubavitch, Mézéritch, Modzhitz, Nechiz-Novominsk, Prémychlane-Nadverna, Qotsq, Radomsk, Ropchitz, Salenter, Sanz, Satmar-Sighéte-Oujel, Vilna, Vorki-Amchinov. 

Vie interne
On le voit, il s'agit de toute une société qui a sa presse, ses publications, ses circuits continus de déplacement, ses immenses réunions mondiales à l'occasion des mariages ou enterrements ou nominations du successeur. Chaque groupe a des rites particuliers et célèbre avec ferveur les anniversaires de son propre courant dans l'histoire.
On parle couramment des nouvelles l'Alexander Rebbe, du Belzer Rebbe, du Gerer Rebbe, du Satmarer Rebbe, etc.

Belzer Rebbe

Noms actuels
Dans notre génération, voici quelques noms des grands Rebbe selon les courants. 
Leurs nouvelles et actes parcourent la presse spécialisée ou, souvent, nationales : 
Alexander : R. Avraham Ména'hem Danziguér, l'Alexander Rebbe (Bné Braq).
Belzer: R. Issakhar Dov, le Belzer Rebbe.
Chernobyl : R.David Twersky, le Skever Rebbe.
Gour : R. Pin'has Ména'hem Alter, le Gere Rebbe.
Kalev : R. Ména'hem Mendel Taub, le Kalever Rebbe.
Karline : R. Baroukh Meïr Chochét, le Stoliner Rebbe.
Loubavitch : R. Ména'hem Mendel Schneersohn, le Loubavitcher Rebbe (1902-1994).
Mézéritch : R. Na'houm Dov Brayer (Jérusalem).
Novominsk : R. Yaâqov Perlow, le Novominsker Rebbe (New York).
Prémichlane-Nadverna : R. Moché Léifer (New York).
Satmar : R. Moché Teitelbaum, le Satmarer Rebbe (New York).
Viznitz : R.Mordékaï, le Viznitzer Rebbe (New York-Bné Braq).
Vorki : R. Yossef Kaliche, le Amchinover Rebbe.


Principaux noms des Sages 'hassidiques

Alter (Rabbi Israël Alter de Gour).
Le 2 Adar, hiloula de Rabbi Israël Alter de Gour, auteur de Beit Yisraël (Gour en Pologne. 1894-1977 à Jérusalem. Son père était le petit-fils du Sfate Eméte, livre contre la médisance et il fonda la plus grande dynastie 'hassidique, la dynastie de Gour décimée par les nazis. Rabbi Israël Alter parvint à s'échapper du guetto de Varsovie et se consacra à la reconstruction et, actuellement, la yeshiva de Gour à Jérusalem est le centre de formation et d'animation d'une immense et puissante collectivité. 

Baâl Chém Tov. 
Le Rav Yisraël ben Eliêzér (18 Elloul 1698-1760), nommé le Bécht, est le fondateur du 'Hassidisme, le grand-père de Dob Baër célèbre pour ses écrits extatiques sur la prière, et l'arrière grand-père de Rabbi Na'hmane de Braslav. Il est né à Okop ou Akoup en Podolie et fut rapidement orphelin, s'appuyant sur ce que son père lui avait dit avant de mourir : "ne crains personne hormis Haqqaddoche Baroukh Hou". 
Il apprit la Torah de l'enseignement reçu dans une relation mystique au Tana A'hiya de Chilo à partir de l'anniversaire de ses 26 ans, pendant 10 ans. Il décida ensuite de manifester son savoir.
Il avait acquis par ailleurs une sérieuse formation talmudique mais ses adversaires lui reprochaient de ne pas en faire état dans sa prédication. 
Il devint une figure charismatique influente à qui on attribua de nombreux miracles, extases dans la prière comme élément central, etc. Il gagna ainsi le titre de Yisraël Baâl Chém Tov qu'il appréciait et adopta dans sa signature.
Il tenta de monter en Eréts Yisraël mais ne persévéra pas dans sa tentative.
Le centre de sa théorie est la dévéqoute, l'adhésion à Dieu par la prière, dont quelques tsaddiqim sont l'expression la meilleure et dont les membres de tout le peuple bénéficient et dont il ramène les "étincelles" et les sauve des écorces négatives (klipotes) qui les enferment. De même, il insiste fortement sur les techniques d'élévation de la néchama (âme).
Bien qu'il ne soit pas éloigné dans l'histoire, sa vie est autant connue par des légendes bien établies que par des faits et écrits assurés. Un exemple : il écrit qu'à Roche Hachanna 1746 (5507) lors d'une de ces techniques, il a eu une vision extraordianire dans laquelle il demande au Roi Machia'h (messie) quand Il viendra. Celui-ci lui répondit : "lorsque tes sources se répandront à l'extérieur". Ses disciples sont mus par de nombreux écrits ou récits de ce type.
Son influence sur tout le judaïsme est considérable.
Il est décédé le 2 Sivane 5420 (1660).Sa tombe est à Meghbough.
C'est d'abord son fils, Rabbi Tsvi qui lui succéda puis, un an après, le Maguide de Mézéritch qui décéda le 7 Sivane 5521 (1761). Rabbi Dov Beer succéda à ce dernier.

Béer (Rabbi Dov Béer)
Rabbi Dov Béer, le maguid de Mézéritch (5533-1772), enterré à Anapoly, est décédé le 19 Kislév.

Belz ('Hassidisme)
Le 23 Chévate est la Hiloula du Rabbi Yehoshua de Belz ou Belzer, en Galicie (1825-1894), fils du fondateur de la dynastie des 'hassidim de Belz, Rabbi Chalom Roqéa'h (1779-1855), qui descend du célèbre auteur d'études sur la prière, le Roqéa'h d'Amsterdam. 
Ce courant a mise en valeur l'importance de l'étude talmudique dans le 'hassidisme et garde une force considérable dans le milieu orthodoxe. 
Devant l'expansion de la haskala (émancipation par la culture), Rabbi Yehoshua créa une forte résistance psychologique à ce courant. 
Les autres grands opposants au courant de la haskala au 19e siècle furent les 'hassidim des dynasties de Vichnitz (Rabbi Ména'hem Mendel, 1768-1825), de Sanz (Rabbi 'Hayim Halverstam, 1793-1876) et de Gour (Rabbi Yits'haq Méïr Alter, 1799-1866).

Berditchév.
Le 25 Tichri, hiloula (décès) de Rabbi Lévi Yit'haq ben Méïr de Berditchév (1740-1810). auteur de Qédouchate Lévi. De la 3e génération du 'hassidisme, il fut l'élève de Dov Baer le magguide de Mézéritch. Il fut en controverse avec les mitnaguedim qui s'opposaient à ce nouveau courant dans le judaïsme qu'il développait avec ardeur. Il insistait sur une piété intense, joyeuse. émotionnelle et très mystique, qu'il développait dans ses contes et poèmes, sur l'absence de critique envers les juifs, se contentant de prier pour eux. Il est aussi connu par les contes 'hassidiques de Martin Buber. Il est enterré à Berditchev. L'épouse du Rabbi de Loubavitch était une descendante à la 7e génération de Rabbi Lévi Yit'haq de Berditchev.

Braslav.
Le 18 Mar'héchvane, hiloula (décès) du Rav Na'hmane ben Sim'ha de Braslav (1772-1811). Arrière petit-fils du Baâl Chém Tov (1698-1760), le fondateur des 'hassidim et fils de Féiga. Il fut considéré comme tsaddiq dans la lignée messiannique selon la tradition 'hassidique par ses proches ; sa personnalité et les pratiques qu'il instaurait (confession) furent l'objet de nombreuses controverses et il théorisa le conflit et la persécution comme une part essentielle de sa théorie mystique de la correction du monde (tiqqoune) et de la venue du machia'h. Il n'a pas laissé de successeur mais des écrits (Likouté moharane). Sa tombe est l'objet d'un culte et de pélerinages par ses fidèles à cette date à Oumane. en Ukraine. Ils diffusent aussi avec un grand prosélytisme la formule N NH NHM NHMN MEOUMANE qui se trouve à la 7e ligne sur un billet laissé par lui et donc voici la photocopie. Ce billet a été oublié puis retrouvé, puis diffusé par un rabbin qui y a consacré sa vie, enfin un visiteur l'a dérobé. Il fait aujourd'hui l'objet d'un véritable culte dans ce groupe 'hassidique très prosélyte.

Chernobyl. 'Hassidisme
Le 27 Chévate est la hiloula de Rabbi Ména'hém Na'houm de Chernobyl, en Ukraine. Il était un disciple du Baâl Chém Tov  et le fondateur de la dynastie des 'hassidim de Chernobyl décimés par les Nazis. 
Une branche est constituée actuellement par la famille David Skverer ou Twersky et ses h'assidim, ilôt de calme et de prospérité aux USA près de New York sous l'égide de Rabbi Yaâqov Yossef de Skver.

Eiger
Le Rav Yéhouda Leb Eiger (1816-1888) de Loubline. Il étudia auprès de R. Alter qui fonda la dynastie de Gour, en Pologne. Sa haute conduite morale lui valut le titre de Tsaddiq et l'estime même des opposants au courant 'hassidique. Sa concentration dans la prière était proverbiale et lui suscita des adversaires. Il écrivit Torate Eméte sur les fêtes. Hiloula, le 22 Chévate (8 février).

Eizik. Rabbi Yits'haq Eizik
Le 7 Adar 1821, ce fut la hiloula de Rabbi Yits'haq Eizik, fils de R. Moché Yé'hézqel de Kaliv, l'un des principaux diffuseurs du 'hassidisme en Roumanie et Hongrie.

Ger, ou Gerer. Voir Gour

Gour
Importante dynastie de 'hassidims.
Elle commence avec R. Yits'haq Méïr Alter (1799-1866) élève du R. Menakhém Mendel de Kotzk. 
Le plus célèbre est R. Yéhouda Arié Léb Alter de Gour dit le Tséfate Eméte (1847-1905). 
Ensuite, R. Avraham Mordekhaï, (1886-1948), R. Yisraël (1894-1977, le Béit Yisraël, titre de son commentaire de la Torah). 
Puis R. Sim'ha Bunam Alter (1896-1992, nommé le Lév Sim'ha, son amour de chaque membre du peuple lui a valu une popularité immense) et son frère,  l'actuel leader, Rabbi Pin'has Ménakhém Alter. 
R. Avraham Mordekhaï, (1886-1948) nommé le Imré Eméte selon son commentaire de la Torah est celui qui a donné au mouvement son ampleur populaire actuelle non seulement en Israël et aus USA mais dans de nombreux pays ; il est le fondateur de l'Agoudate Yisrael, le puissant mouvement politique 'haridi des 'hassidim en Israël. Plusieurs des leaders de Gour comme d'autres courants du 'hassidisme échappèrent miraculeusement à l'extermination de la Choa et contribuèrent au nouvel essor. C'est un courant qui est très engagé pour enseigner l'importance d'habiter sur la terre d'Israël ; dans cette logique, ils luttent politiquement pour déveloper l'habitat des familles religieuses dans des conditions minimales.

'Houst et Leifer
Le 9 Adar 1929, ce fut la hiloula de Rabbi Yisraël Yaâqov Leifér, de 'Houst, en Tchécoslovaquie. Il est la 6e génération depuis Rabbi Méïr de Prymichlane, élève du Baâl Chém Tov, après Rabbi Aharone Léb, Rabbi Yits'haq de Kaliche, Rabbi Méïr de Prymichlane, Rabbi Issakhar Ber (dit Reb Bertche), et son père Rabbi Mordékhaï de Nadverna en Hongrie (décédé en 1894 et dit Reb Mord'hélé) qui écrivit Maamar Mordékhaï sur la Torah et fut considéré comme un faiseur de miracles. 

Karline ou Karline-Stoline. C'est une dynastie de rabbins 'hassidiques qui a commencé avec R. Aharone Haggodol de Karline (1736-1772) qui était le disciple du Maguide de Mézérich. Les générations suivantes furent : R. Achér puis R. Aharone, R. Achér, R. YIsraël, R. Yo'hanane de Loutszk, R. Moché et l'actuel Stoliner Rebbe, qui est R. Baruch Méïr Yaâqov Halévi Chochéte.

Lipqine
Le 25 Chévate est la hiloula du Rav Israël Lipqine de Salenter (1810-1883), fondateur du courant du Moussar (morale, éthique) en Lithuanie, à Vilna puis à Kovno. Puis, en plus de son activité, il s'intégra à la vie civile en Allemagne et voyagea beaucoup. Son ouvrage le plus connu est Iguéréte hammoussar, la Lettre de la morale, qui reste une base classique de la formation des jeunes étudiants dans les yeshivotes. Il fut un grand pédagogue et son fils Yom Tov devint un grand mathématicien universitaire.

Loubavitch. Voir Baâl Chem Tov. Voir Schneersohn.

Mendel. Rabbi Ména'hem Mendel de Qotsq
Rabbi Ména'hem Mendel de Qotsq (1787-1859). Il fut élève du Voyant de Loubline, R. Yaâqov Yits'haq Horowitz. Il se distinguait de la chaleur populaire 'hassidique par une rigueur sévère qui s'adressait à une élite soucieuse de vérité sans aller dans le sens des approximations qui plaisent aux masses même religieuses ; c'est donc un 'hassid proche de la ligne du Gaone de Vilna, le mitnagued lithuanien opposant au 'hassidisme. Il termina sa vie dans l'isolement volontaire. Hiloula, le 22 Chévate.

Prémychlane.
Le 2 Adar 1832, ce fut la Hiloula de Rabbi Aharone Leb de Prémychlane, fils de Rabbi Méïr, l'un des grands animateurs du dévelopspement du 'hassidisme en Galicie.

Rebbétzine. La femme du rabbin, en yiddish.

Roche Hachanna de la 'hassidoute.
Le 19 Kislév est le jour de la libération de l'Admour Hazzaqéne, auteur du livre le Tanya ; il avait été accusé injustement. Les 'hassidim en font le "Roche Hachanna de la 'hassidoute" en terminant l'étude du Tanya et en la recommençant immédiatement.

Satmar
Nom d'une importante communauté 'hassidique et très active, essentiellement située aux USA et minoritairement en Israël. Le leader  intellectuel et charismatique en fut Rabbi Yoél Teitelbaum (1888-1979), dénommé  le Satmarer Rebbe ou Reb Yoiliche. On dit qu'il descend du Maharcha et du Réma. Il fit partie du petit nombre de juifs échangés et libérés des camps de la mort. Il fut un des  plus violents opposants à la constitution de l'Etat d'Israël. Il est décédé le 26 av. Son successeur, est Rabbi Moché Teitelbaum. 

Schneersohn
Célèbre dynastie de 'hassidim. En voici les principaux leaders selon les générations.
 

Shnéour Zalmane de Lyady, l'Admor ha zaqén, auteur du Tanya,
livre de base des "Loubavitch". (1745-1813, le 24 Tévét)

Dov Baer de Loubavitch ( 1773-1827)

Ména'hém Mendel Schneersohn, le Tséma'h Tsédéq (1789-1866)

'Hayim Shnéour Zalmane de Lyady (1814-1880)

Yits'haq Dov Baer de Lyady (1826-1910)

Lévi Yits'haq (1878-1944)

Ména'hém Mendel Schneersohn (1902-1994)

Rabbi Ména'hém Mendel Schneersohn 
 Le célèbre Rabbi de Loubavitch (Ména'hém Mendel ) est né en 1902. Il est la 4e génération après son homonyme et la 6e génération après le fondateur, Rabbi Schnéour  Zalmane. 
 

Il a diffusé la 'hassidoute de 'Habad dans les différentes communautés et dans les différentes régions du monde, par l'intermédiaire de l'insistance sur l'amour d'Israël, l'envoyé de nombreux émisaires mandatés, et un un sens incomparable de l'utilisation des médias.
Son décès a été l'occasion de grands mouvements et dissensions dans le  mouvement loubavitch. Trois tendances sont apparues,  entre

-         ceux qui continuent la conception juive et 'hassidique active mais classique du Rabbi, de la vie posthume de tout Sage décédé et de la venue du Machia'h, et qui estiment préjudiciables au mouvement Loubavitch les clivages actuels ; ensuite,

-         ceux qui affirment que le Rabbi  était "le" Machia'h ;

-         enfin, ceux qui continuent à dénier sa mort concrète et le considèrent en Machia'h vivant concrètement mais caché. Cette dernière tendance messianique radicale est ferme sur ses positions qu'elle estime être la vérité historique et définitive ; certains, à l'intérieur et à l'extérieur du mouvement craignent que cette tendance rejoigne la liste longue des célèbres déviations qui ont marqué périodiquement et de façon dangereuse l'histoire du judaïsme.

Ces trois courants ont une même vénération pour tout ce qui concerne le Rabbi et vivent le temps dans le calendrier précis des événements qui ont été ceux de cette lignée.
A l'extérieur du mouvement, ceux qui n'appartiennent pas à cette collectivité précise, on retrouve des sympathies ou des positions qui correspondent à ces lignes, et en général l'ensemble apprécie le travail généreux d'aide aux Juifs (URSS, Pessa'h organisé dans les endroits les plus retirés du globe là où il y a des Juifs, activité de téchouva, activité envers la terre d'Israël). La position du mouvement envers les Juifs d'Ethiopie a été fluctuante mais ce problème est aujourd'hui totalement tranché dans le sens de la judéité totale des ces Juifs, hormis les cas de ceux qui se sont convertis volontairement ou sous contrainte au christianisme mais cela est un problème général et non particulier. Et les procédures de retour sont classique comme pour tout Juif au monde.

De façon générale:
Il n'y a pas à s'étonner de ce qu’une partie de ses fidèles disent qu'il n'est pas mort. En effet, c'est un enseignement constant dans le judaïsme qu'un Sage n'est pas "mort" mais est vivant et plus vivant lorsqu'il a atteint la plénitude après le décès. En effet, le judaïsme voit cette vie -ci comme un hall vers le monde à venir (cf. le Principes des Pères), et le passage est une montée (ilouï) et une fête (hiloula) pour ceux qui passent de la sainteté (qodéche) à la sainteté plus éclatante, et qui font souvent ce passage par "un baiser" (mitate néchiqa) en douceur. La connaissance évite toujours les discussions qui divisent au lieu de s'apprécier.

On dit que Yaaqov avinou lo méte, notre père Yaâqov n'est pas mort. Et le Sage tunisien est nommé le "Ribbi Taïeb lo met" (qui n'est pas mort) et cela est écrit sur sa tombe. Il n'y a donc pas à s'imaginer qu'il y a là quelque chose qui distingue exceptionnellement un seul des Sages et qui, pour cela, serait dans une position que certains diraient même plus élevée que celle de Moché rabénou. Il suffit de connaître nos traditions pour ramener les choses dans le bon sens.

Le fait que une partie conséquente de ses disciples pensent qu'il est le Machia'h qui reviendrait ne pose pas non plus de problème tant que cela reste dans le cadre de l'enseignement de toute la tradition. En effet, le Roi David est le Machia'h, personne ne niera cela. Et chaque roi qui recevait l'onction (sens de Machia'h) aurait pu l'être, c'est pour cela que David l'était éminemment. Cela est totalement dans le verset 7 du psaume 20   (Maintenant, j'ai su que Hachém donne le salut à son machia'h, Il lui répondra des cieux de Sa sainteté, par les forces rigoureuses de Sa droite qui sauvent.)

Le temps du Machia'h se distinguera seulement, disent nos Sages, par le fait que les nations n'auront plus de domination sur Israël. Le Rambam a accordé de nombreuses pages à ces problèmes. Et, comme disait un Sage du Talmud: si on me dit que le Machia'h est arrivé et qu'il est à la porte de la ville, je continuerai à planter l'arbre que je plante car, ainsi, mes petits enfants verront certainement les fruits de cet arbre. Il savait qu'il est inutile de discuter de ce faux problème à l'avance car le Machia'h ne sera pas reconnu avant sa venue mais uniquement après sur la base des fruits positifs de son action. C'est la seule règle. Cela est écrit.

D'ici là, notre tradition est très prudente sur cette question car il y a eu tant d'erreurs et de déceptions, chaque fois, chaque fois, chaque fois que des grands Sages ont voulu se prononcer sur quelqu'un et le reconnaître; combien ont annoncé sur toutes les radios que le Rabbi reviendrait 3 jours après sa mort (comme un autre) et les déceptions sont dangereuses ensuite. Le mieux est de bénéficier des exemples et des enseignements de ces Sages, de les respecter car ils sont effectivement exceptionnels et hors de nos petites dimensions, ils ont fait un bien inégalable dans le peuple et leur enseignement les continue. Discuter ensuite sur des questions qui ne sont pas de notre niveau frise l'orgueil qui est l'une des pires fautes. Et cela ne fait que diviser, voyons ce qui nous unit.
Quant à la question du "retour" d'un Sage décédé, c'est une question très complexe et qui ne peut être traitée que par des Sages du niveau du Ari, zal qui ne sont plus de notre génération, dit le Rav Yaâqov Hillel dans ses ouvrages, l'un des plus grands caballistes de Jérusalem. Nul ne voit aujourd'hui à qui nous sommes reliés dans notre néchama et donc ce qui revient de passages dans des existences précédentes.

Nous étudions la Torah, nous la pratiquons. Et surtout, nous avons le devoir de la réaliser selon nos traditions. Il est interdit d'abandonner nos propres traditions familiales et communautaires pour celle d'un autre courant, le Rabbi de Loubavitch était le premier à l'enseigner. Sur cette question, voyez ce que sont les minhaguim, ces coutumes de chaque communauté (cliquez ici pour lire cette page sur la tradition orale).
Même si, bien entendu nous avons à nous enrichir des enseignements de tous les courants, et à les aimer tous.

Tanya
Le 20 Kislév, a eu lieu la première impression du livre de l'Admour Hazzaqéne, le Tanya, base de la 'hassidoute, en l'honneur du Maguid de Mézéritch.

Tiqqoune
Ce concept n'est pas du tout exclusivement 'hassidique mais il est très utilisé par la spiritualité 'hassidique, c'est pourquoi nous l'insérons ici également, en  précisant bien qu'il fait partie du vocabulaire de la majorité des courants du judaïsme actuellement.

1.         c'est la réparation d'un manque ou d'un défaut, qu'ils soient dans la fabrication ou dans ce qu'est devenu un objet, une personne, une situation. 

2.        C'est la technique de réparation établie par nos Sages et qui consiste dans des programmes précis de textes à étudier, de prières à dire, à des dates ou heures particulières ou dans des circonstances précises, après avoir réalisé des actes précis de purification des intentions (par exemple, miqvé, tsédaqa, viddouï ; bain de purification, bienfaisance, aveu des fautes, etc.). Ainsi,  le Tiqqoune 'hatsote qui se dit la nuit à minuit.

3.        Un tiqqoune particulier basé également sur des textes composés par les Sages, est le corpus de textes que l'on lit pendant la nuit de certaines fêtes comme le tiqqoune Chavouôte, le Tiqqoune de la nuit de Hochaâna Rabba (voir ces deux mots, à la suite de celui-ci).

4.        Le "tiqqoune néchama" entre dans ces cadres qui dépassent le niveau du commun. Il s'agit d'améliorer l'être, non plus seulement dans ses comportements et dans ses attitudes intérieures, mais dans la nature de son âme car il y aurait eu des accidents de parcours, soit dans les vies antérieures, soit dans le processus de purification après la mort, et l'âme aurait besoin de l'aide de prières. Les plus grands mystiques juives parlent de cela. Mais, ici, c'est plus qu'une mise en garde qu'il faut placer ; en effet, qui peut prétendre qu'il vit à ces niveaux de pureté, qu'il a reçu le don divin de voir et de comprendre ces niveaux ? Qui se prononce là-dessus et prétend interpréter ou donner des conseils en ce domaine est un dangereux charlatan, hormis les rares Sages reconnus comme tels par les plus grands tsaddiqim de la génération. Le judaïsme, qui a une longue expérience millénaire des conduites des hommes, met en garde contre les tentatives de s'égarer dans les situations extrêmes. Les fils de Aharone ont péri dans cette voie ; le roi David pensait pouvoir aisément affronter ces voyages avec leurs épreuves et il a reçu des épreuves qu'il lui furent très difficile de supporter. Et aucun de nous n'avons  ces niveaux. Il existe une pathologie de ces expériences, dont parle la littérature 'hassidique et le folklore concernant le "dibbouq".

5.        En ce sens, dans la conduite populaire, on parle aussi de "tiqqouné chabbate" (au pluriel) pour désigner la pratique de lire des ensembles de cantiques ou psaumes qui mettent en valeur la beauté du Chabbate, et qui ont été organisés par les caballistes, spécialement le Ari zal.

6.        Dans la même ligne, on désigne le "tiqqoune Klali" mis en valeur par Rabbi Na'hmane de Braslav pour la purification des pensées. et du corps.

7.        On parle aussi de "tiqqoune ha lachone" quand une lettre supplémentaire apparait et produit des anomalies dans une forme grammaticale d'un mot. Voyez l'analyse de ce phénomène par Rachi dans son commentaire de Béréchite 49, 22 et Chémote 18, 8 et Bamidbar 11, 16 et Isaïe 9, 6 et Job 32, 3. Il y a des raisons très profondes à ces anomalies, qui transmettent souvent des secrets de la Torah, ou parfois ce sont des formes qui permettent d'éviter une lecture qui porterait préjudice à la dignité de la Torah.

8.        On parle alors de "tiqqoune sofrim". On parle aussi de tiqqoune qoreim  à propos d'un livre qui donne toutes les précisions pour ne pas faire d'erreurs dans la lecture de la Torah .

9.        Last but not least, les Tiqqouné hazzohar sont l'un des livres du Zohar qui, en 70 chapitres, commentent uniquement le premier mot de la Torah et décrivent les nombreuses correspondances qui existent entre les lettres ou les versets de la Torah, aux niveaux les plus élevés. Ce livre est écrit en araméen. Il est la base de la plupart des commentaires de la cabale qui sont développés ultérieurement

10.   Une expression courante, qui joue sur tous ses niveaux, mais en revenant sur le plan de l'organisation sociale, est le "tiqqoune haôlam" ; c'est souvent une décision d'un Sage reconnu par la génération entière qui décide d'une mesure qui change les usages, mais justement parce que cela remet dans le bon ordre des choses. On en parle ainsi pour ce qui vient améliorer les choses dans la paix.

11.   Enfin, tout cet ensemble s'insère dans une conception générale présente dans le judaïsme le plus authentique que le peuple juif est engagé dans un "tiqqoune" du monde où agissent des forces positives et négatives depuius la faute d'Adam. La réparation a commencé avec les patriarches, elle s'est poursuivie sur le plan familial puis national ; il y a eu des rechutes comme les phases de destruction du Temple ; il y a aussi une certitude que le processus de réparation n'échouera pas et qu'il y aura des phases propices au retour au projet divin. On trouve là le concept de téchouva (retour), celui de Machia'h qui est très complexe et est analysé avec précision à la fin du Traité Sanhédrine et par le Rambam. Il y a toujours eu des individus qui exploitent ces espérances pour abuser des personnes de qualité qui n'ont pas de formation suffisante dans le discernement. C'est tout le problème constant des faux-messies.  En résumé, à la fois, la réalité du tiqqoune est authentiquement juive, et le processus est très complexe à mobiliser et à discerner. C'est cependant une des bases de la émouna juive, confiance et foi ; c'est pour cela que le Rambam l'a introduit dans ses iqarim, principes de base.

Tsaddiq
Traduction : Juste. C'est un homme qui accomplit le bien dans le concret, en essayant d'aller jusqu'au bout, en se différenciant de la violence de la génération, avec intention d'amour,  crainte du ciel, et qui ne se glorifie pas de ses qualités. Il porte ainsi le monde et le sauve, parce qu'il le fait fonctionner comme il prévu dans la Création et fait agir la bénédiction. C'est celui qui a totalement confiance en D.ieu. Voir aussi : Noa'h. Références dans le Tanakh : Dévarim 4, 5 et 16, 19. Psaume 15.Proverbes 14, 26.A lire également : Rachi sur Chémote 23, 8.

Tsimtsoum
Rétraction. constriction ; c'est une phase dans la Création du monde, selon la cabale.

Vizhnitz
Petite ville en Ukraine qui fut le commencement d'une dynastie de 'hassidim sous l'impulsion de R. 'Hayim Méîr Hagér, nommé le Imré 'Hayim (1888-1972). Animateur d'une importante communauté, il émigra en Israël pendant le nazisme et le siège de leur communauté se trouve à Bné Brak près de Ramat Gane en Israël dans le quartier Vizhnitz (qiriate Vizhnitz). Les rabbis actuels sont en Israël R. Moché  Yehoshua de Vizhnitz et, aux USA, R. 'Hayim Méïr dit Reb Motélé. 


Le Lév Gompers
Qu'est-ce que la Torah orale ?
(Torah ché bé âl pé)

par Yehoshua Ra'hamim Dufour


D'une part, conceptuellement, nous pouvons dire que la Torah orale est composée de différentes dimensions.
D'autre part, pour comprendre son fonctionnement, il faut saisir toutes ces dimensions simultanément, en une seule dynamique vivante.

Les différentes dimensions de la Torah orale

1. La Torah orale est l'une des deux composantes de la révélation qui a été transmise à Moché Rabbénou sur le Mont Sinaï (an 2448 après la création)
La preuve traditionnelle en est donnée dans la Torah écrite elle-même ; dans le livre de Chémote, Exode 34, 27, il est écrit :
ki âl pi haddévarim haéllé karati itékha bérite vé éte Yisrael
car (âl pi, par) par ces paroles j'ai conclu une alliance avec toi et avec Yisrael.
L'importance majeure de cette phrase est manifeste quand nous savons qu'elle est mise, précisément, en tête de leur présentation de la Torah orale ou du talmud aussi bien par

- le Séfér Hakkéritoute,
- le Chla dans Torah che bé al pé, Torah orale, ouvrage inséré dans les Chnéï Lou'hote Habbrite,
- Rabbénou Yossef Qaro dans ses Klaléï Hagguémara, etc.

Essayons de découvrir ce que nous dit cette expression âl pi.
Les deux composantes (parole et écrit) sont indiquées en ce verset car l'expression âl pi (qui signifie par) veut dire littéralement : sur la bouche, par la parole orale. A partir de la condensation de ces deux significations (révélation de la Torah et "sur la bouche"), le Chla présente tout l'ensemble des règles qui permettent de lire et de comprendre le talmud. Il répartit ces règles selon l'anagramme de chacune des lettres de ce verset, artifice pédagogique qui veut authentifier et fixer encore ce point de l'unité de la transmission de la Torah écrite et de la Torah orale.
Le côté oral de la Torah est rendu par la racine (, la bouche) indiquée dans le verset cité, mais il est rendu aussi dans l'expression disant que Moché Rabbénou a reçu la Torah par un processus de transmission qui s'est fait (pé él pé, bouche à bouche) ; il est dit ensuite que cette Torah a été transmise de génération en génération, et ainsi (kol é'had omér, chacun dit) ce qu'il a entendu de la bouche dans la chaîne de réception (chemouâto mi pi haqqabbala), chacun de la bouche de chacun (iche mipi iche).
Rachi appelle ce processus : la michna, c'est à dire "le processus continu d'enseignement traditionnel passant de bouche en bouche" et non seulement la michna comme "recueil" réalisé par Ribbi Yéhouda Hannassi.
Le traité Guittine 60 b se réfère également à l'idée de la conjonction de la Torah écrite et de la Torah orale : Moché Rabbénou a reçu en même temps à la fois les mitsvotes, et leur signification, comme le dira Maïmonide (kol mitsva bi féroucha, toute mitsva dans sa signification).
Ensuite, Moché Rabbénou a transmis à la fois la mitsva et sa signification à Yéhochouâ bine Noun (Josué) qui les a intégralement transmises par seule transmission orale aux zéqénim (anciens), eux-mêmes aux néviim (prophètes), eux ensuite aux Anechéï knésséte hagguédola (maîtres de la Grande Assemblée) et ceux-là aux maîtres de la michna (les zougotes puis les tannaïm, puis les amoraïm, puis les savoraïm, puis les guéonim, etc.. Cette partie de la transmission peut être l’objet de la compréhension par la réflexion (dérékh sévara), grâce aux 13 middotes ou règles particulières d’analyse et d’interprétation (dérékh îyoune).
L'instance qui établissait officiellement le contenu de la Torah ché bé âl pé était le Grand Sanhédrine de Jérusalem et, tant qu'il existait, il n'y avait pas de querelles sur ces questions.

2. La Torah orale explicite la Torah écrite
Donnons un exemple : dans le livre de Dévarim (Deutéronome 12, 21), il est écrit :
vézava'hta mibékarékha... kaachér tsivitikha
tu pourras tuer ton bétail de la manière que je t'ai prescrite.
Or cette manière de la tuer, la ché'hita, comme le souligne Rachi, n'est pas décrite dans la Torah ; donc la Torah écrite indique bien par là
- qu'il y a d'autres éléments révélés que ceux qui nous ont été transmis explicitement par la Torah écrite,
- qu'ils sont, de plus, liés à cette Torah écrite, puisqu'elle-même s'y réfère,
- qu'ils ont été transmis de génération en génération, et sont enseignés et pratiqués par transmission jusqu'à aujourd'hui.
Un autre exemple célèbre est celui de la prescription concernant le fruit utilisé dans le loulav pour faire les bénédictions lors de la fête de Souccote. Le texte de la Torah écrite (Vayiqra, Lévitique 23, 40) parle seulement du "fruit de l'arbre de beauté" : péri êts hadar. On sait qu'il s'agit de l'étrog, uniquement par la transmission orale, qui en a été faite à Moché Rabbénou et qu'il a transmise à son tour.
Ces types d'éléments constituent une partie de ce que l'on appelle la Torah orale, qui complète donc la Torah écrite. Le Sifré précise ce principe (c'est un middrache halakha due à Ribbi Chimeône dans la tradition de Ribbi Âqiva).
On verra par ailleurs que cette Torah orale ayant également été mise par écrit (michna) à une certaine époque, le terme "orale" (béâl pé) ne doit donc pas créer une erreur consistant à croire qu'elle n'est pas mise par écrit jusqu'à nos jours.

3. La Torah orale fournit les applications de la Torah écrite
L'exemple précédent nous a montré aussi que la Torah orale concernant la ché'hita (abattage rituel) comporte des applications pratiques des grands principes de la Torah écrite. Sans cette sorte d'éclairage, de nombreux passages de la Torah écrite seraient inapplicables. Ce recueil de la tradition orale, donnant les détails pratiques de l'application dans l'action, est ce que l'on appelle la halakha, qui vient donc également de Moché Rabbénou15.
Rav Lévi bar Hama, au nom de Réche Laqiche, explique cela exactement dans le traité Berakhote 5a, après avoir posé la question :
"Pourquoi est-il écrit dans la Torah (Chémote, Exode 24, 12) : et je te donnerai les tables de pierre et la Torah et la mitsva que j'ai écrites pour qu'on les enseigne ?"
Le talmud détaille ainsi la signification de toutes les parties de ce verset :

a) lou'hote éllou âsséréte haddibérote
"les tables", ce sont les dix paroles,
b) Torah zé miqra
"la Torah", c'est l'Écriture,
c) véhammitsva zo michna
"et la mitsva", c'est la michna,
d) achér katavti éllou néviim oukhétouvim
"que j'ai écrites", ce sont les prophètes et les écrits hagiographiques,
e) léhorotam zé guémara
"pour les enseigner", c'est la guémara (et Rachi commente souvent :
la réflexion sur ce qui fonde les mitsvotes, c'est la guémara),
f) mélaméd chékoulam niténou léMoché misinaï
"enseigne", c'est que tous furent donnés à Moché depuis le Sinaï".

4. La Torah orale, seule, apporte certaines précisions
Parfois, de nombreux passages de la Torah écrite seraient incompréhensibles en eux-mêmes, comme les totafote ou "téfilines de la tête" (Chémote, Exode 13, 16 et Dévarim, Deutéronome 6, 8), sans l'explication reçue de la tradition, qui se base sur l'origine du mot. Bien souvent, Rachi fournit cette explication recueillie auprès de la tradition orale, par l'enseignement qu'il en a reçu ou tel qu'il est transcrit dans les middrachim, dans le Middrache Tan'houma par exemple, qu'il cite souvent. Cette dimension de la Torah orale est d'éclaircir la Torah écrite et de montrer les nombreuses applications d'un passage qui, de prime abord, ne semblait pas explicite dans la Torah :
miqra mouât véhalakhote méroubote
de l'Ecriture un peu et des halakhotes nombreuses.

5. La Torah orale éclaire sur des prescriptions non écrites
Par ailleurs, certaines prescriptions ont été transmises oralement depuis Moché Rabbénou sans qu'il y ait de support à cette prescription dans le texte écrit ; on parlera alors techniquement de
halakha léMoché missinaï
prescriptions de Moché depuis le Sinaï.
Il s’agit d’une transmission qui ne peut se rencontrer ni par la lecture du texte de la Torah (mine hakkatouv) ni par la réflexion logique (dérékh sévara).
Si la Torah écrite est la Torah fixée en lettres sur les rouleaux de la Torah, la Torah orale est, donc, fixée directement dans le souvenir, les actes et les paroles des Juifs. De plus, ils sont la matière vivante de sa transmission. Des traditions nombreuses et différentes ont ainsi été transmises ('Haguiga 12) et nous verrons que plusieurs maîtres avaient déjà entrepris de les recueillir avant que Ribbi Yéhouda Hannassi ne décidât de recueillir "toutes" les traditions de la Torah orale.

6. La Torah orale nous donne les middote ou règles de compréhension
La Torah orale inclut aussi la tentative de compréhension de la Torah écrite telle qu'elle découle de la mise en œuvre des règles traditionnelles d'interprétation du texte. Ces règles, les middote, ne sont pas établies par les lecteurs mais elles ont été mises au point, recensées ou transmises par les grands maîtres : ce sont les 7 règles de Hillel (chéva middote chél Hillel), les 13 règles de Ribbi Yichmâel (chloche esré middote), qui sont elles-mêmes en liaison, souligne le Chla, avec les 13 démarches de D-ieu (chloche êsré middote chél Haqqadoche baroukh Hou), les 32 règles de Ribbi Éliêzér, fils de Ribbi Yossi Haggalili (chlochim ouchtayim middote), les 27 règles du Chla. Nous reviendrons sur ces règles.
La mise en jeu de ces règles de lecture et de compréhension n'a pas encore épuisé tout son potentiel, c'est l'œuvre de toutes les générations. Elle demande avant tout une connaissance fine et rigoureuse de la technique de ces systèmes d'interprétation.
Ces règles ne sont pas des artifices d'interprétation mais elles dévoilent la connaissance de la logique interne du texte révélé, qui est bâti selon des règles précises ; ce sont des règles de compréhension exacte.
Une partie très importante de la guémara est constituée par ces tentatives d'interprétation réalisées par les grands maîtres, leurs débats à ce sujet (souguiyote) et leurs contestations des tentatives des collègues, ceci dans le but d'être fidèles au texte. Pour cela, ils utilisent très souvent ces mêmes règles traditionnelles communes. Leur débat n’est donc pas une querelle d'Écoles mais une discussion exigeante par sa rigueur qui est "disputation orientée vers la volonté du Ciel" :
ma'hloqéte léchém chamayim.
Ces middotes, de par leur complexité, demandent un exposé séparé ; il sera présenté plus loin, de même que les règles des (souguiote, débats talmudiques). Comme il y a une gradation dans la force contraignante des différentes middotes, une grande place est laissée au débat, à la confrontation des opinions (ma’hloqète).

7. La Torah orale nous transmet les divréï sofrim
Les divréï sofrim sont les prescriptions formulées par les Sofrim ou Sages experts en toutes les lettres de la Torah, depuis Moché Rabbénou jusqu'à la fin de la rédaction de la michna.
Leurs préceptes, exprimés avec la plus grande minutie, ne sont pas des inventions ni des exercices de rhétorique mais
- ils constituent une formulation des préceptes de la Torah,
- auxquels ils ajoutent aussi des preuves explicites tirées de la Torah.
Le Maharal de Prague estime ce point si important qu'il le précise dès le début de son Béer Haggola, Le Puits de l'exil.
Pour faire comprendre que tout l'édifice de leurs explications n'est pas une broderie autour de la Torah, le talmud dit que
- D-ieu a montré à Moché Rabbénou tout ce que ces Sages apporteraient ultérieurement comme précisions sur la Torah (diqdouqéï sofrim, les précisions des sofrim) ;
- leurs apports sont à respecter plus encore que ce que l'on peut comprendre directement de la Torah, au point que leur transgression est mortelle (voir Méguila 19 b).

8. La Torah orale nous transmet le middrache
Cette formulation est une extension du point précédent. Le middrache est un travail exégétique approfondi sur le texte pour en tirer des interprétations solides, qui ne sont pas évidentes à première lecture. Un témoignage ancien nous est donné en Néhémie 8, 8 : "Ils faisaient la lecture de la Torah de Moché Rabbénou d'une manière distincte et en indiquaient le sens de sorte que l'on comprit le texte" (Qiddouchine 37 b).
On parle ainsi de Sages qui étaient des darchanim guédolim, grands interprètes. Leur activité s'étendait spécialement aux parties de la Torah qui ne sont pas prescriptives en mitsvotes mais davantage centrées sur l'exhortation, la signification et la morale, ce que l'on appelle la haggada (avec un alef en début de mot, et non un avec un comme dans la haggada de Pessa'h).
On y ajouta aussi des thèmes de cette nature, qui entouraient les discussions centrées sur la halakha. Ils sont l'œuvre de Sages nommés rabbanane di aggadata. Ceux qui ont collecté ces haggadote ont reçu le nom de méssadér aggadta, comme Rabbi Chimeône ben Pazzi (traité Bérakhote 10 a).

Les principaux recueils de ces nombreux middrachim sont

-         le Béréchite Rabba, qui commente tous les versets du livre de la Genèse, dû à Ribbi Hochaya, amora du 3e siècle de l'ère actuelle ; des recueils plus récents furent groupés également pour les autres livres de la Torah ;

-         la Mékhilta sur Chémote, le livre de l'Exode, due à l'École de Ribbi Yichmâel et Ribbi Âqiva ;

-         le Sifra, ou Torahte Cohanim sur Vayiqra, le livre du Lévitique, dû à l'École de Ribbi Âqiva, de l'époque de Rabbi et de Ribbi 'Hiya.

-         le Sifré sur Bamidbbar, le livre des Nombres, dû à l'École de Ribbi Yichmâel et de Ribbi Âqiva ;

-         le Sifré sur Dévarim, le livre du Deutéronome, composé à la fois de halakha et de haggada et dû à l'École de Ribbi Yichmâel et de Ribbi Âqiva ;

-         le Middrache Tan'houma ou Tan'houma Yélamdénou (sur l'ensemble de la Torah) concerne la halakha, l'exégèse et l'exhortation. Rachi y a puisé de nombreuses interprétations.

-         les middrachim sur les livres de Eikha, Lamentations, Isaïe, Jonas, Job, Cantique des Cantiques (Chir hacchirim), Ruth, Esther... ;

-         les Pirqéï de Ribbi Éliêzér qui dépeignent les merveilles de D-ieu dans la création et dans l'histoire de son peuple ; ils sont antérieurs à la rédaction de la michna.

De nombreux autres recueils de middrachim existent également.

9. La Torah orale nous transmet les séyagim, haies.
La guémara consacre une partie de son propos à la discussion de mesures pertinentes à prendre dans la vie quotidienne pour qu'elle soit vécue selon la Torah et elle constate qu'il y a nécessité d'ajouter aux prescriptions explicites de la Torah des "haies" de protection autour de la Torah : séyag la Torah ; c'est-à-dire placer des haies à proximité de choses interdites par la Torah pour que le Juif parvienne à s'en préserver. Cette préoccupation ne relève pas d'une tendance naturelle à la fermeture de la part de tout groupe spécifique qui s'enclôt sur soi-même en multipliant les interdits, ni même d'une sagesse particulière mais, comme l'explicite le traité Yevamote 21 a, d'une prescription inscrite dans le texte même de la Tora. En effet, dans Vayiqra (Lévitique 18, 30) il est écrit :
ouchémartém éte michmarti
gardez mes observances.
La fonction de ces haies est d'aider l'homme à éviter la transgression. Il va de soi que si des humains peuvent construire des haies pour protéger la Tora écrite, ils ne peuvent pas mettre des haies pour protéger à leur tour celles-là, qui ne sont plus d'origine divine.
On formule ce principe en disant :
éïn gozérim guézéra laguézéra
on ne rajoute pas de haie à la haie ('Houline 104 b).
Ce sont les prophètes (néviim) puis les Sages ('hakhamim) de la Grande Assemblée qui, parmi les trois prescriptions qu'ils établirent, fixèrent les principales haies, comme il est écrit dans le traité des Pères 1, 1. Ils les nommèrent guézérote, coupures. Les Sages des différentes époques ont continué à élaborer ces mesures adaptées aux conditions de chaque génération.
En ce sens, on parle aussi de Massoréte sayag la Torah à propos de la tradition qui règle la façon d'écrire le texte de la Torah dans les moindres détails (ibid. 3, 13).
Un principe important est qu'une haie n'est prescrite que lorsque la majorité du peuple peut l'appliquer (Baba Qama 60 b).

10. La Torah orale comprend aussi le nistar
La guémara apporte également, avec discrétion, des indications sur le sens le plus profond, le plus caché de la Torah, le nistar, comme dans le traité 'Haguiga 13. Elle précise alors comment doit se faire cet enseignement, à un seul élève, en petit groupe ou en public, suivant l'importance du sujet.
Concernant ce nistar, une question est souvent discutée : celle de savoir si l'urgence ou les périls de la destruction de la communauté juive ne rendraient pas obligatoire l'enseignement de cet essentiel. D'autres apportent un critère supplémentaire : l'urgence viendrait du fait que l'on se rapprocherait de la fin des temps espérés.

11. La Torah orale comprend aussi les minhaguim
La guémara inclut également la description d'us et coutumes (minhaguim ; minhag, au singulier) dont, à première vue, il n'est pas toujours clair de savoir s'ils sont référés à la Torah ou non. Cette question touche à la plus vive sensibilité populaire car toute coutume est la forme la plus affective du lien entre les générations familiales :
minhag avotéihém béyadéhém
le minhag des ancêtres est dans leur mains (Chabbate 35, Erouvine 104...),
ce qui sous-entendrait que les descendants ne peuvent le modifier, argument qui est souvent invoqué pour défendre sa propre pratique. Abbayé l'amora emploie la formule naqtinane (est admis chez nous) pour indiquer qu'il va donner à l'appui du problème une tradition de halakha reçue de sa tradition, et Rachi le précise :
massoréte avotéinou, minhag avotéinou
la tradition transmise par nos pères, de génération en génération (Erouvine 5 a).
Les Sages ont été sensibles au risque d'immobilisme ou de transmission de coutumes erronées qui pouvait en découler car la fidélité affective à des erreurs récentes des dernières générations peut ainsi conduire à des traditions nouvelles contraires à la Torah ; c'est pourquoi les Sages ont apporté des règles sûres et faciles à comprendre pour trier le pur de la fantaisie crédule ou de l'imitation des coutumes locales, surtout quand elles invoquent le principe mal compris :
minhag mévatél halakha
la coutume annule la halakha (Yébamote, Jérusalem 12).
En fait, ce principe exact ne s'applique que pour un minhag qui est "antique".
Le Séfér Hakkéritoute (4, 3, 19) le dit explicitement :
minhag ché amrou ché mévatél halakha minhag vatiqine
un minhag dont on dit qu'il annule la halakha est le minhag ancien ;
et ce n'est pas seulement celui que l'on a vu pratiquer soi-disant "depuis toujours".
Et le Séfér Hakkéritoute ajoute nettement et délicatement l'adage :
aval minhag ché eïn lo réaya mine hattorah eïno élla kétoêh béchiqoul haddaâte
mais le minhag qui n'a en lui rien de la Torah n'est rien d'autre qu'une faute de jugement.
Donc, seul un talmid 'hakham (disciple des Sages) instruit dans toute la tradition de la Torah et dans l'histoire de la tradition d'une communauté particulière peut se prononcer sur ces questions, et les particuliers confrontés à ce problème ne doivent pas s'en référer à leur seule fidélité affective ni à leur jugement insuffisamment éclairé. On ne peut se permettre de se tromper en ce qui concerne la Torah elle-même.
Le Rav Ôvadia Yossef, Richone létsione, chalita, recense 24 règles s'appliquant aux minhaguim (pages 17-19 du tome 1 de Yé'ahavé daâte), dont celles-ci :
- ce que la Torah permet, si on y applique des interdits, ils viennent des rabbins (talmidéï 'hakhamim, posseqim) et ce ne sont pas les particuliers qui ont la compétence pour se prononcer à leur sujet ;
- quand un minhag est en contradiction avec une prescription de la Torah, on ne peut pas lui appliquer la règle minhag mévatél halakha (le minhag annule la halakha) ;
- un minhag qui ajoute des interdits qui conduisent à faire des transgressions de la Torah, c'est une mitsva que de l'annuler, etc.
La technicité et la gravité du problème exigent donc une grande connaissance des règles en la matière.
En fait, la source de la majorité de ces coutumes diverses vient de la dispersion du peuple juif, car lorsque le Béit dine Haggadol existait à Jérusalem et assurait l'unité, il n'y avait pas de disputes au sujet de ces coutumes : il en établissait la validité et leur diversité éventuelle ne faisait que correspondre clairement aux différentes voies de la transmission.

Résumons l'ensemble de ces 11 paramètres de la Torah orale pour bien les mémoriser :

1.            Elle est l'une des deux composantes de la révélation qui a été transmise à Moché Rabbénou sur le Mont Sinaï, et la Torah écrite et la Torah orale sont une seule Torah.

2.            Elle complète la Torah écrite.

3.            Elle fournit les applications de la Torah écrite.

4.            Elle apporte certaines précisions.

5.            Elle éclaire sur des prescriptions non écrites.

6.            Elle donne les middote ou règles de compréhension.

7.            Elle transmet les divréï sofrim.

8.            Elle transmet le middrache.

9.            Elle transmet les séyagim, haies.

10.       Elle comprend le nistar.

11.       Elle comprend les minhaguim.

 

LE GAON DE VILNA

(1720-1797)

IL naquit en 1720, le premier jour de Pessah, dans une famille où l'on comptait de nombreux savants talmudistes. Dès son plus jeune âge, il fit preuve d'une intelligence extraordinaire.

A dix ans il devint impossible de lui trouver un maître et c'est chez lui, sans professeur, qu'il continua à apprendre la Thora et acquit une connaissance vaste et approfondie. Il se maria jeune et s'établit à Kaïdan, où il passa ses jours et ses nuits, enfermé dans sa chambre à étudier.

Dans sa jeunesse, il s'impose le joug de l'exil et il erra dans les communautés de Pologne et d'Allemagne. A son retour de Vilna, malgré ses efforts de dissimuler sa science et sa piété, de partout affluent les élèves désireux d'écouter ses enseignements et de prier dans son Beth-Hamidrach

Ses disciples étaient en petit nombre, car le maître est exigeant ; parmi eux R. Chlomo Zalman et Rabbi Haïm de Volojine où l'on enseigna durant près de 100 ans la Thora suivant l'école du Gaon. Deux autres disciples montèrent en Eretz Israel et fondèrent deux communautés, l'une à Jerusalem l'autre à TSFAT (SAFED).

Le Gaon lui-même, désirait se rendre en Eretz pour y accomplir les mitsvot liées à la terre d'Israel, mais il se ravisa et retourna chez lui. Selon certains, on lui avait interdit l'accès car il portait une étincelle de Moshé Rabbenou.

Il restait enfermé dans sa chambre, enveloppé de son Taleth et paré de ses Tephilin, le Gaon était plongé jour et nuit dans la Thora, afin d'éviter les perturbations, il fermait les volets dans la journée et s'éclairait à la bougie; craignant de s'endormir dans les longs mois d'hiver, il étudiait dans une chambre sans chauffage et trempait ses pieds dans une bassine d'eau froide; il ne tenait jamais de vains propos.

Dans le domaine de la Kabale, sa compréhension était d'un niveau tout aussi élevé; il n'y avait pas pour lui d'opposition entre Talmud et Kabale. Ces commentaires exprimant à des niveaux différents la vérité de la source biblique. C'est l'étude de la kabale et du Zohar qui rapproche la délivrance.

A sa grande science correspond une égale grandeur d'âme. De son maigre salaire, il prélevait 20% pour les œuvres de charité. Il lui arrivait de donner tout son avoir pour racheter des prisonniers ou pour doter une orpheline. Il choisit un jour de souffrir la faim plutôt que d'humilier celui qui l'avait volé

Il n'accepta jamais le poste de rabbin ou de Roch yéchiva.

Reprochant l'abus du pilpoul pratiqué dans les yéchivot de Pologne, il insistait sur le fait que l'essentiel est de pénétrer l'intention.

EDUCATION: Au lieu de commencer par l'étude du Talmud, il exigeait que l'on commença dans l'ordre par la MIKRA (Bible) , puis la MICHNA et seulement ensuite le TALMUD.

IL demandait que chacun sache par cœur un traité talmudique pour méditer jour et nuit.

Sciences: Loin d'être contre l'étude des sciences, il exhortait ses disciples à étudier les sciences profanes afin que le sage juif sache répondre aux apicors, et pour que les non juifs ne puissent mépriser les juifs pour cette méconnaissance.

(suivant le nombre de prix nobel d'origine juive on peut dire qu'il fut écouté).

Hassidout: Dès l'apparition du Hassidisme, il sortit de son isolement et s'opposa à ce mouvement de toutes ses forces; afin de bloquer la diffusion du Hassidisme en Lithuanie, suite à sa propagation en Pologne et en Ukraine. Il craignait qu'à l'instar du Chabtaïsme, ce mouvement soit déviationniste.

Inversement, les hassidim critiquaient ceux qui voyaient le sommet de la piété dans l'érudition; et ils reprochaient le manque d'enthousiasme dans la pratique des mitsvot.

Ses livres: Commentaires sur la Thora "Adret Eliahou" Commentaire sur la michna, le Talmud, la kabale commentaire sur le "Sefer Yetsira".. . .

GUEOULA: Le Gaon de Vilna enseignait : A chaque millénaire correspond un livre de Thora. C'est le cinquième qui correspond à notre millénaire. Ce livre est divisé en 10 Parachot, qui correspondent aux 10 siècles de notre millénaire; celle de notre époque sont celles de KI-TAVO (où est fait allusion à la choa et à la renaissance d'Israel) et la paracha Nitsavim-Vayelekh où l'on peut lire "Si tu reviens au Sei-gneur ton D' il te ramènera dans ton pays" c'est la double techouva spirituelle et géographique.

Dans le livre "Hatekoufa Haguedola" on nous communique un calcul du Gaon de Vilna: Adam fut mis sur pied à la cinquième heure du jour. Le jour est compté comme 1000 ans pour D' ; la journée commence la veille au soir, 500 ans se passent donc avant le jour (qui correspondent à la nuit qui précède le jour); le jour étant de 24h; chaque heure vaudrait: 1000 : 24 = 41 ans + 8 mois. Nous parlions de la 5° heure (41 ans + 8 mois ) x 5 = 208 ans

TOTAL: 5000 (sixième millénaire) + 500 (nuit) + 208 (5° heure) = 5708 Date de la création de l'état d'Israel.

Le Gaon de Vilna disait: Lorsque les russes passeront le Bosphore et la Turquie on préparera les habits pour MACHIAH. Les gentils diront cette fois ci leur sort est joué, alors il sera clair pour toi que la délivrance est proche.

COMME AU JOUR DE LA SORTIE D'EGYPTE JE TE MONTRERAI DES MERVEILLES.